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dimanche 19 octobre 2008

C'est dimanche


Mais que ce soit dimanche ou pas, rien à voir avec la choucroute. D'ailleurs en parlant de choucroute, ils ne connaissent pas ici. Ils ont la bière, la Qingdao, en souvenir de la présence allemande sur leur sol, ils ont beaucoup de choux de diverses sortes -avec x et sans x-, ils ont des saucisses (j'ai même vu des sortes de saucisses de strasbourg, l'horreur ! mais je n'ai rien contre Strasbourg, c'est pas ça le problème), en bref ils ont tous les éléments mais cela ne correspond pas du tout, la choucroute, à leur génie culinaire.
Ils ont beaucoup de chou(x) mais pas toujours les sous pour se payer les chou(x), quoique le chou(x), à vrai dire , c'est pas ce qu'il y a de plus cher ici. Mais ils n'en mettent pas parchou(x), je veux dire partout.
Et à ce propos, j'ai mangé d'excellents, succulents jiaozi (traduire raviolis pékinois) aujourd'hui !
C'est derrière le marché de fruits, légumes, halles aux viandes et poissons de Deshengmen où j'étais déjà allée une fois avec Odile, la prof d'allemand qui aime les marchés. C'est pas en évidence, c'est caché, c'est pas vraiment un restau, c'est des "stands" de marchands qui font la cuisine. Il y a de longues tables où on s'installe dès qu'on a son plat et on déguste. C'est vraiment pas cher et très bon donc on est en compagnie de gens qui, soit connaissent le lieu et apprécient, soit n'ont pas tellement d'argent et qui apprécient aussi. Ce n'est absolument pas le 4 étoiles, pas de chefs de rang, pas de serveurs, de soubrettes, mais pour les papilles c'est la joie. Avec mon look d'occidentale je me sentais incongrue, ils avaient l'air étonné de me voir là, amusés aussi. Toutefois, dans les jiaozi, il n'y avait pas de chou(x).
Pour aller dans ce marché on peut passer par une série de lacs : Xihai et Houhai après on a Qianhai, mais là on s'éloigne). La ballade est très agréable surtout qu'on a un mois d'octobre exceptionnellement doux (et chou). Sur les bords du lac un bon nombre de pêcheurs, on ne sait pas très bien ce qu'ils pêchent.

Au fait, et même si ça n'a aucun rapport avec ce qui précède, quelques-un(e)s d'entre-vous ont dû croire que la femme qui réparait le vélo dans la photo de mon précédent message c'était Janik, pas du tout : c'est une réparatrice de bécanes dans ma rue. Janik la voilà devant le collège avec son vélo :



Je lui ai offert, à Janik, de partager mon blog, ce sera un blog à deux voi(es)x.
Et dans le genre erreurs et malentendus elle est pas mal non plus. J'espère qu'elle ne tardera pas à s'y mettre.

Ma rue, je commence à la connaître et comme j'ai un parcours régulier pour aller travailler et revenir du lycée, je commence à repérer des personnages. Il y a un type un peu bizarre qui court dans les rues du hutong par où je passe. Il fait un peu idiot du village. Un autre s'entraîne tôt matin avec une sorte de hallebarde qu'il a affublé d'un tissu rouge. Il fait ses petits exercices d'arts martiaux avec, je ne sais pas du tout ce que ça vaut mais c'est assez répétitif et il semble un peu pataud. Il me fait penser au voisin de la tante qui accueille le héros dans Zatoichi de Takeshi KItano, en moins gros et beaucoup plus âgé.

En ce moment il y a des travaux dans ma rue, mais à vrai dire des travaux, ici, il y en a partout.
Les travailleurs migrants sont revenus.
On en voit avec les casques et d'autres sans casques qui ont l'air d'attendre dans des camionettes.
Ceux avec casques sont nombreux ils travaillent mais pas toujours comme des forcenés, vu le nombre pour la tache. Par contre pas de "confort" dans le travail, rien pour la protection des oreilles pour ceux qui sont au marteau piqueur.
Aujourd'hui j'ai même croisé des gens qui retapaient leur maison dans le hutong d'en face, en dur, avec des briques oranges, pas laides. On suppose qu'ils ont la permission, c'est impensable sans, au vu et au su de tout le hutong, avec son poste de police dans l'une des rues. Donc, certains habitants peuvent réaménager leur habitation. Aussi, entrevu dans un hutong, un cumulus fonctionnant au solaire.

Pour le cinéma il y a du nouveau, j'irai un de ces jours à une projection dans une sorte de café -dans un hutong encore- où ils invitent des jeunes réalisateurs qui montrent leurs films. On (Janik et moi) avait juste raté la précédente où un réalisateur chinois présentait son "bad boys" qui a remporté un prix au festival de Rotterdam. Mais mardi soir je ne louperai pas Wang Xiaoshuai (Beijing bicycle) qui sera à l'institut culturel italien pour présenter un film qu'il a réalisé en Toscane.
Enfin autre chose que du shopping.
Remarquez à propos de shopping, j'ai dégotté un créateur chinois dont les vêtements sont tout simplement magnifiques, de toute beauté : coupes, tissus, détails qui tuent, finesse d'exécution, une merveille. Evidemment il n'est pas donné, il connaît sa valeur, mais ses prix sont encore abordables si on veut se faire un grand plaisir délicat et fragile.
A propos de beauté, que pensez-vous de l'ombre de ces deux amoureux en début de message ? Une photo dont je ne suis pas peu fière. Leur ombre est portée sur le mur du temple de Yonghegong, pas loin de chez moi.
Pour finir, moi c'est pas le vélo qui me fait envie c'est ce que vous voyez en dessous.



Ne serait-ce pas génial ?

Avant de vous quitter, si vous avez envie de connaître l'état de l'eau à Pékin -ce qui me tracassait assez car je me demandais si c'était un délire collectif ou si c'était fondé cette méfiance de nombre de gens ici à propos de l'eau qui coule de nos robinets- j'ai trouvé un site canadien qui me semble sérieux et qui m'inciterait plutôt à éviter de boire cette eau, même bouillie.

http://eau.apinc.org/spip.php?article658

mardi 7 octobre 2008

Surbookée




Y en a un qui se plaint que je ne continue pas la liste de mes mésaventures mais je suis SURBOOKEE.
Entre le boulot, l'automne qui fait son apparition -alors que mon chauffage central ne se mettra en marche que le 15 novembre, que j'ai ainsi tout le temps de me transformer en glaçon, qu'il faut donc que je trouve vite fait un chauffage d'appoint ; que je dois impérativement trouver des vêtements chauds, et dieu sait combien je suis difficile-, les diverses péripéties de la vie quotidienne, l'aménagement de mon appart (si vous saviez comme ça bouffe du temps les visites chez IKEA, car on veut aller au plus pressé et au plus pressé ici, pour meubler minimum vital, ça se traduit "IKEA" parce que si on doit traîner des jours entiers à Gaobeidian (un petit quartier de meubles anciens ou simili) ou à Panjiayuan (le marché aux puces) on sera déjà en mars 2009 que j'aurai toujours pas trouvé les "bons" meubles.

Heureusement il y a les profs sympas du Lycée, les bonnes âmes qui ont pitié des nouveaux arrivants ou qui se souviennent, attendris, de leurs premiers pas à eux dans ce monde impitoyable. Ceux-là nous prennent par la main et nous font faire de petites visites fort utiles.
Ainsi Wei Hong, une chinoise prof de chinois, qui m'a accompagnée à Carrefour pour que je puisse enfin trouver des draps à la mesure de mon lit et non plus des housses de couette aux imprimés frais et printanniers.
Carrefour ! J'étais heureuse d'aller à Carrefour , j'aurais jamais cru ça de moi !
Ainsi Odile, prof d'allemand, qui m'a présenté un vendeur de plantes qui se trouve dans une cour de bâtiment, un monsieur charmant qui vend pas cher et beau. Et c'est aussi Odile,avec qui nous partageons l'amour des marchés, qui m'a accompagnée dans un marché aux fruits et légumes avec une halle aux poissons et une halle aux viandes, à Deshengmen. Après on a embrayé sur un hutong proche d'où proviennent les photos qu'Odile a pris et m'a envoyées d'un intérieur remarquable :



Magnifiques les fruits et légumes dans ce marché de Deshengmen. Dailleurs on trouve ici des légumes qui ont un tel goût de ce qu'ils sont (des tomates qui ont le goût de tomates, des carottes qui ont le goût de carottes and so on...) que je me fais de plus en plus de salades. Pas de moutarde pour la sauce ? Qu'à cela ne tienne, on y met du soja et c'est très bon!
J'ai aussi redécouvert le plaisir du jus de fruits : mangue, durian, pastèque, melon, kiwi, tout peut se décliner en jus de fruits ici. Il y a, dans certains marchés ou supermarchés, des stands de jus de fruits où on peut en déguster pour quatre sous. Un régal. Et comme je voulais m'en faire à la maison, j'ai fait l'achat d'un mixer. Là j'ai encore maudit la banque, ses employés et ma propension aux malentendus.
Je voulais utiliser ma nouvelle carte pour payer et j'apprends que je n'ai pas un sou vaillant sur cette carte. Je finis par comprendre que j'ai établi une carte, certes, mais qu'après il faut transférer de l'argent depuis le compte pour l'alimenter. Pour l'employée de la banque c'était une évidence, pas pour moi.
Bon, là, pour l'achat du mixer, ça s'est réglé grâce à ma visa française mais j'ai très vite alimenté la carte. Pour une fois ça n'a pas posé de problèmes.



(Au dessus, suite de la photo précédente)

Où en étais-je ?
Ah, mes collègues !
Il y a aussi Sandrine, une des deux autres docs avec qui je travaille (l'autre, Marie-Dominique, part en randonnée dès qu'elle a un moment de libre, elle randonne un max et doit connaître plein d'endroits superbes à la campagne). Sandrine aussi a pitié de moi. Avec son mari Frank ils m'ont accompagnée encore une fois à Panjiayuan samedi dernier.
J'aime bien ce très grand marché aux puces qui se divise en allées spécialisées : perles, bouddahs, vêtements et accessoires de minorités (je ne sais hélas pas lesquelles), vases, quelques meubles, une galerie consacrée à la calligraphie... Certes c'est très touristique mais c'est comme à Clignancourt ou Montreuil, on y trouve toujours quelque chose.
Le seul hic dans tout ça c'est que j'amorce comme un repli dans la communauté française, c'est le piège. Mais bon nombre d'expat, même ceux qui sont là depuis longtemps et qui parlent bien chinois, à qui j'ai demandé s'ils avaient des amis chinois, m'ont répondu que c'était extrèmement difficile de nouer des contacts approfondis avec les pékinois ou les chinois en général.

Parmi les profs et personnels du lycée il y a ceux qui affichent une sinophobie inébranlable, un dédain prononcé pour tout ce qui est chinois, de l'alimentation aux loisirs... à tel point qu'on se demande pourquoi ils ne prennent pas aussi sec leurs jambes à leur cou pour fuir un pays si abject !
Il y a ceux qui sont là de longue date et qui n'envisagent pas de partir ou qui le feraient avec regret.
Il y a ceux qui sont dans la découverte, et là chacun est livré à soi-même, à ses envies, à ses goûts.
Ainsi Eric, prof de maths, venu direct de la Réunion dont il est originaire, voulait absolument connaître le quartier russe, c'était son dada. Moi c'est les quartiers et les marchés, les lieux d'art et de cinéma.
Ainsi Janick, nouvelle prof d'anglais, elle c'est au feeling. D'ailleurs elle a vite compris que dans son état d'esprit il fallait se munir d'un vélo et la voilà armée pour mieux connaître la ville.



Moi, pour l'instant, le vélo je ne m'y hasarde pas parce que la circulation ici c'est très spécial. Le petit bonhomme vert et le petit bonhomme rouge auxquels on a appris à se fier pour traverser les rues depuis notre plus tendre enfance, ici niet.
La traversée, que le bonhomme soit vert ou rouge, se fait en trois temps : on s'aventure quand les vélos et voitures qui tournent nous laissent un répit, ensuite ce sont ceux qui vont tout droit et qui, eux, obéissent aux injonctions du sémaphore, là c'est cool, puis il y a qui tournent en troisième partie du parcours. Ainsi on est souvent bloqué en plein milieu de la rue mais ça va, les voitures qui passent nous contournent. S'arrêter et nous laisser passer, c'est pas dans les habitudes, bien que ça puisse se faire, exceptionnellement.
Donc, dans ces conditions, on comprend pourquoi je trouve l'attitude de Janik extrèmement audacieuse, mais, bon, elle est encore jeune.

Hier soir j'ai pris mon premier cours de chinois parlé, il a fallu que le prof estime mon niveau. J'ai appris, à ma grande stupéfaction, que j'avais pas mal de vocabulaire et que ce qui me manque c'est surtout la pratique. Il y a un groupe "avancé" qui est réuni pour la pratique de la conversation, elle m'a conseillé de venir avec eux, au grand dam de la secrétaire car le cours est gratuit. Pour l'écrit rien pour moi, je suis donc obligée de travailler seule avec les cours de 2ème année de l'INALCO qui sont sur mon ordinateur.
En fait l'INALCO ça donne bien les bases, après, à toi de travailler.
Donc, comme je disais, je commence à être surbookée : le boulot, les achats nécessaires, la découverte-exploration des quartiers de la ville et bientôt la reprise du chinois, tout ça c'est prenant.
Surtout que, et je ne le répèterai jamais assez, le moindre parcours ce sont des kilomètres et des kilomètres. D'ailleurs je sens que, peu à peu, ma notion des distances est en train de changer. Aujourd'hui je comprends mieux cette française vivant à Pékin, que j'ai rencontrée à Paris et qui m'a dit : "Paris, à côté de Pékin, c'est un village". Par exemple, j'habite pas loin de chez Janik, eh bien c'est une distance qui équivaut à peu près à Porte de Bagnolet-Bastille. C'est la porte à côté.
Pour les équipées taxi, j'en ai franchement marre, d'autant plus que les embouteillages recommencent. J'ai de plus en plus recours au métro et au bus. Mais là, surtout dans le métro, c'est du chacun pour soi et les places sont chères. Rares sont les heures où le métro n'est pas plein et il n'est pas aussi élaboré que le parisien, c'est tout juste un embryon de réseau. Les bus, par contre, c'est un réseau dense et qui couvre bien la ville. Il faut bien connaître son arrêt et les caractères, là, pas de pinyin (traduction des caractères en alphabet latin, avec indication des tons, pratique pour les occidentaux).

Bon, c'est pas tout, déjà dix heures ici (4h du mat chez vous), il faut que je bosse un peu, bientôt les Travaux Personnels Encadrés des élèves et j'ai des cours à préparer !

lundi 29 septembre 2008

Trop Galère




Décidément, pour moi c'était trop galère de rester sur over-blog pour vous envoyer ces moments pékinois.
Ici c'est mieux : je peux recevoir vos commentaires et y répondre !
A propos de galère...
Samedi dernier à la banque.
Au départ chose simple, j'avais même repéré une agence pas loin de chez moi (pas loin, à la parisienne, 500-600m).
J'y vais et je n'ai même pas à attendre longtemps puisque j'étais la 4ème dans la file.
L'opération simple : comme on m'avait versé une avance sur salaire sur le compte -que j'avais ouvert avec 10 yuans, traduire 1€ environ, dans une autre agence dont j'ignorais l'adresse-, je désirais avoir une carte de retrait pour caisses automatiques et retirer quelques sous dans l'immédiat.
Pour le retrait l'opération n'a pas posé de problèmes, c'est pour l'établissement de la carte que ça s'est corsé.

Dans l'agence où j'avais ouvert mon compte, l'agence dont j'ignorais l'adresse, l'employée zélée, ne comprenant pas le système nom-prénom-2ème prénom de ces barbares que sont les Européens, a aggloméré les trois. Ainsi, au lieu de m'appeler Gradoni nom, Martine prénom, Maryse 2ème prénom, j'ai été rebaptisée GRADONIMARTINEMARYSE dans un pur souci de bien faire.
Mais voilà, l'employée de l'agence proche de chez moi ne l'entendait pas ainsi et n'y comprenait plus rien : m'appelais-je Gradoni avec appendice Martine, voire Martine et Maryse ? M'appelais-je GradoniMartineMaryse ?
Dans le doute, ici, on suspend toute action. Les papiers officiels sont une chose sérieuse et toute erreur doit entraîner des conséquences bien néfastes puisqu'on les craint à ce point.
Mais là, je n'étais vraiment pas contente et je tenais à l'avoir cette carte car je ne veux pas passer des heures dans les files d'attente des banques pour retirer quelques sous. Donc, j'insiste, je m'énerve même en disant que je ne veux pas payer les erreurs d'autrui, en chinois à ma manière, en anglais et en français. Je montre ma carte d'identité française, ma carte du lycée français (mon passeport étant dans les services qui vont me procurer la carte de résidente-travailleuse, encore une galère en perspective ?) pour bien établir que, chez nous, on a un nom, un prénom voire deux prénoms et que tout ça c'est l'identité, pour nous.

J'essayais en vain de faire comprendre à l'employée que la précédente avait fait erreur, en chinois, et étant donné que je prononce mal, "elle s'est trompée" pouvait donner "elle a fait" ou "elle s'est assise" (ta cuole, ou zuole). En anglais c'était mieux (et l'employée qu'on m'a attribuée était celle qui parlait anglais, comme d'hab, et qui le parlait très moyennement, comme d'hab). Malgré tout, rien à faire, elle n'en démordait pas : interdiction de carte !
Après que j'aie commencé à montrer que je ne décarrerais pas avant d'avoir eu ma carte, que l'employée et moi nous regardions en chien de faïence campées sur nos positions respectives, une jeune cliente s'est gentiment proposée pour la traduction. Son anglais nettement meilleur que celui de l'employée (par ailleurs sympatique et charmante) a permis une compréhension plus fluide.
Nous avons fini par nous mettre d'accord : je clôturais le compte GRADONIMARTINEMARYSE et j'en ouvrais un au nom de GRADONI tout court, plus de prénom, aux oubliettes le prénom. Evidemment la somme passait de l'un à l'autre compte. Autant dire que j'ai vivement remercié la jeune chinoise qui avait réussi à établir un pont de compréhension dans ce fleuve de malentendus.

Au passage, détail, j'avais dit à l'employée que j'avais reçu une petite partie de mon salaire. Or il se trouve que j'avais touché mon salaire en entier et que pour eux ça fait une sacré somme. Elle a tiqué se demandant combien je devais toucher et à qui elle avait affaire ! Et ça, ça en rajoute de la crainte de mal faire. Puis il y a cette méfiance vis à vis de l'étranger (qui peut frauder), cette peur de fauter et de se faire sanctionner, le ressentiment contre ceux qui touchent des salaires exorbitants, l'incompréhension qui agace, un drôle de mélange.
L'opération dans tous ses aléas a pris une heure, au terme de laquelle l'employée et moi avions -enfin- retrouvé nos sourires respectifs, marque d'un soulagement bien mérité.

Là dessus, comme je n'étais pas loin d'un magasin de thé que j'avais repéré, je suis allée m'acheter un bon thé. Hélas, c'était fermé.
Hier soir j'ai eu l'occasion de repasser devant (je l'ai même fait un peu exprès), et il était enfin ouvert.
Le vendeur m'a reçu agréablement, il me glisse au passage qu'il m'a vu le jour où je me suis heurtée à la porte close. J'ai mis un temps pour comprendre mais la lumière s'est faite environ une minute après qu'il ait prononcé la phrase. Alors il était dans le magasin, il m'a vu essayer d'ouvrir la porte et il n'a pas ouvert ! Je l'ai regardé d'un air incrédule, il a souri et m'a invitée à goûter quelques thés. Je ne me suis pas faite prier.
Deux thés rouge et un thé vert au terme de quoi, moi qui aime bien les thés verts, j'ai acheté du rouge. La conversation que nous avons eu me devient banale :
il me demande d'où je viens, ce que je fais dans la vie, depuis combien de temps je suis à Pékin...
De mon côté c'est pareil : Pékin très grand, beaucoup de marche très fatigant. Serait-il pékinois ? Oui ? C'est bien !
Je préfère le thé vert (là, coincée par le manque de vocabulaire, je ne peux pas exprimer que, contrairement à mes habitudes, je préfère son thé rouge à son thé vert). Ce qui fait que je préfère le vert mais je repars avec le rouge.
Très sympatique ce marchand de thé, je me suis promis d'y retourner quand je parlerai mieux, qu'on fasse un peu de causette, de la vraie, pas mon jargon actuel.

La tortue au dessus, je l'ai croisée quand sa maîtresse la promenait dans la rue de notre lycée. Ici les animaux que j'ai vu dans les rues sont tous de petits animaux : les chiens sont de petits modèles, la tortue c'est plus rare, les oiseaux dans les cages, les chats en liberté (mais je n'ai pas encore pénétré un intérieur chinois, peut-être certains ont-ils des chats).
J'ai appris avec stupéfaction que les étudiants Chinois qui sont au 2ème et 4ème étage du bâtiment qui héberge le nouveau lycée (où je suis la plupart du temps et qui est un institut chinois pour les étudiants qui travaillent), eh bien ces étudiants ont la consigne non écrite d'éviter les contacts avec les lycéens étrangers, c'est à dire les élèves du lycée. Par voie de conséquence, pour éviter les cacophonies, nous n'avons pas de sonneries et les horaires sont très bizarres : certains cours commencent pile à l'heure, d'autres à la demie...

Enfin, la photo d'en dessous c'est ma collègue documentaliste Sandrine le jour où elle m'a emmenée au marché aux puces de Panjiayuan. Elle se trouve dans une allée consacrée aux statues de Bouddah, des Bouddahs par centaines.



Vous la voyez de dos, certes, et sachez qu'elle est charmante, plus tard, peut-être, avec son autorisation, je la montrerai de face !

L'agence


Ce que vous voyez au dessus c'est l'espace d'où je vous écris, mon bureau-véranda qui donne à l'Ouest sur une rue animée Dong zhi nei bei xiao jie (Rue interieure droit vers l'Est la petite rue Nord ou à peu près), j'habite au 16.
Ce que vous voyez traîner sur la table ce sont mes premières corrections de séquences avec les 5èmes. Et la table sur laquelle elles sont posées c'est, ah là là c'est toute une histoire ! C'est encore l'agence !!!!
On va commencer par le commencement.

Au lycée français les gens se refilent des adresses pour les installations et autres, parmi ces adresses celle d'un jeune français de 27 ans, Jean-Baptiste, qui aide les pauvres profs paumés dans Pékin que nous sommes à trouver un appart. Bien sûr, Jean-Baptiste ne fait pas ça à l'oeil, il a une commission sur le prix que soutire l'agence. Et, évidemment, il a son réseau d'agences. Et Jean-Baptiste qui est à Pékin depuis 4 ou 5 ans, parle le chinois.

Avec moi ça avait commencé de travers, je lui avais donné rendez-vous sur le site du nouveau lycée et, comme je n'avais pas précisé, il était allé à l'ancien site qui est maintenant celui des primaires et du collège seulement. Mais un coup de mobile a tout arrangé.
En taxi (car ici ils ne sont pas chers pour nous : 1, 2, 3 euros dans le pire des cas), on se rend vers une de ses agences, seulement voilà : il se trompe et entre dans une agence qui lui est parfaitement inconnue, ce qu'il réalise assez vite mais trop tard, on avait déjà visité deux appart.
Parmi ces deux appart, le premier je ne m'en souviens guère mais le deuxième ça oui. Imaginez, dans le centre de Pékin (à l'intérieur du 2ème périphérique, le premier devant être la Cité Interdite) un espace calme et comme un jardin intérieur : un hutong, et dans ce hutong, comme un écrin, un ensemble de bâtiments entouré d'une sorte de jardin avec légumes et fleurs et arbres, le tout populaire et pas franchement expat-occidental. Hélas, l'appartement était tout aménagé par la propriétaire, une jeune femme qui avait dû s'imaginer le mode de vie de ses locataires : une pièce avec un lit qui prenait presque toute la place avec, pour rajouter au sentiment d'étouffement, un canapé en face et une commode. Trônant sur la commode, un poste TV. Coin cuisine OK, petits chaussons pour entrer. Une autre pièce, un autre lit. J'ai commencé par demander qu'elle ôte de la pièce principale le lit, le canapé et la TV. Ca l'a choquée, elle a tergiversé puis accepté pour le canapé, mais le canapé seulement. Puis, au cours de longues négociations, elle a voulu que je paie un an d'avance, impossible.
On allait rentrer bredouilles quand le type de l'agence (appelons le agence-boy1) qui nous faisait visiter nous a proposé une autre visite.
Là quand j'ai vu l'appartement j'ai eu un coup de coeur malgré les divers disfonctionnements et l'état d'abandon dans lequel il était.
S'en sont suivies des heures de négociations au terme desquelles Jean-Baptiste craignait de ne pas toucher sa commission, durant lesquelles je tentais de capter tout ce que je pouvais des échanges entre lui et l'agence-boy1 qui ne parlait pas anglais, moments âpres de discussion pied à pied que JB me commentait au fur et à mesure, à sa manière mais assez honnêtement. Toutefois, entre agence boy1 et lui ça faisait un peu combat de coqs.
Le lendemain on est allé signer le contrat.
Tandis qu'agence boy1 ahanait au remplissage, JB s'effarait de voir qu'il était rédigé entièrement..... en chinois !!!
Evidemment il n'avait pas l'habitude et n'entravait que couic au langage écrit, d'habitude il traite en anglais. Cependant une série de tampons officiels l'ont tout de même rassuré, moi aussi. Et j'ai signé !
Des heures ça prenait le remplissage, Agenceboy 1 s'appliquait à bien remplir, consciencieusement, JB s'énervait et m'affirmait qu'il était totalement incompétent. Je lui ai demandé si j'étais la première occidentale à qui il louait un appartement (ça, m'arrive de me faire comprendre), il m'a répondu que oui, sous le regard goguenard de JB. Plus tard on a compris que j'étais sa première tout court. Ca commençait dur pour lui. Et il avait l'air de peiner. Dès qu'il s'agissait de me poser des questions directement, quand je ne comprenais pas il demandait à un autre (agence boy 2) de me poser les questions en anglais et de traduire les réponses. Or, l'anglais d'agence boy 2 était extrèmement rudimentaire, un peu comme mon chinois, il mettait bien dix minutes à traduire des réponses ou des questions qui me semblaient simples. Le tout étant extrèmement long, pénible et fatiguant pour eux comme pour moi.
Quelques jours plus tard, quand j'ai voulu signaler mon lieu d'habitation aux autorités (obligatoire) il leur fallait m'accompagner, ça ne se battait pas au portillon. Les six ou sept agence boys and girls se refilaient le bébé tandis que, sans JB que je n'avais pas voulu déranger pour si peu, je suivais l'affaire comme un match de ping-pong.
La balle est tombée sur agence boy2 (anglais oblige et au cas où) et agence girl pas joyeuse : si j'ai bien entendu elle a bien exprimé qu'elle n'était pas contente d'y aller, le pensum, alors qu'agence boy 1 devait se sentir soulagé.
Finalement on y est arrivé et j'ai tenu à remercier agence girl que j'ai du attendre un moment car elle faisait la causette avec la jeune flic du poste de police. Il me semble qu'elle a apprécié.

C'était bien tout ça : j'avais un toit sur la tête, j'étais OK administrativement mais pas internet chez moi.
C'est avec horreur que j'ai appris qu'il fallait passer par l'agence pour se faire connecter. Pas qu'ils ne soient pas sympatiques mais pour eux comme pour moi c'est exténuant. Leur côté tatillon alors qu'on nage dans le flou linguistique, c'est un peu exaspérant aussi, mais il faut les comprendre : ils veulent bien faire.
Puis, finalement, on s'est compris, et deux jours après agence boy1 était devant chez moi avec l'homme des télécom chinois, le jour même c'était installé, j'avais Internet at home.

Enhardie par cette première communication réussie, et comme j'avais besoin d'une table, un modèle simple, j'ai demandé à agence boy1 où je pourrais trouver ça. Coup de fil à agence boy 2 pour s'assurer qu'il avait bien compris et longue réflexion du susdit 2 pour bien assimiler l'anglais "simple table". Longue tractation au mobile passant de main en main avec des efforts dérisoires de ma part pour m'exprimer en chinois (gros problème : les tons).
On me donne une adresse que je ne sais même pas si c'est dans le magasin qu'il m'ont plus ou moins indiqué que je suis allée, toujours est-il que j'ai enfin cette "simple table" et que j'en suis très contente. Au passage, j'ai réussi à me faire livrer la table, quand même. Et là, personne ne parlait anglais.
A propos d'anglais, quand je pose des questions dans la rue, souvent des jeunes filles s'arrêtent pour écouter et tester leur anglais. On les voit qui ont le désir de vous adresser la parole, quelquefois pour montrer à leur mère qui les accompagne quand c'est le cas, toujours pour s'exercer un peu. Et ça leur plait, visiblement.
Moi, évidemment, je ne suis pas ravie d'avoir recours à l'anglais, mais ça semble leur faire tellement plaisir...

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, c'est pas parce qu'on est en Chine qu'on peut faire du chinois. Je m'explique : l'oral sauvage peut-être, mais l'écrit rien du tout, c'est travail perso obligatoire.
Alors j'ai pris hier mon courage à deux mains et je suis allée m'inscrire à un cours de chinois. Pendant les vacances de Noël, peut-être, j'irais dans une fac pour suivre un cours intensif.

En dessous une image prise à Gaobeidian, un quartier Sud de Pékin : l'homme perché sur la charette tirée par le cheval vend des pastèques et des melons, au loin le Pékin des buildings.




C'est ce contraste omniprésent hyper-moderne et traditionnel (ce qu'il en reste) qui frappe beaucoup d'occidentaux ici.